5 trucs pour favoriser la communication avec votre ado

5 principes fondamentaux pour entretenir, développer et cultiver une communication optimale avec votre ado.

Guillaume Lanctôt-Bédard

Les relations humaines sont complexes et teintées de multiples facteurs. La relation entre un parent et un adolescent comporte des éléments additionnels de défi.  Outre le facteur hormonal, le développement de l’individualité peut-être très intense et déstabilisant pour tous. Bien que je ne crois pas du tout aux formules magiques, ni aux absolus quand il s’agit de relations humaines, je vous propose 5 principes qui me semblent fondamentaux pour entretenir, développer et cultiver une communication optimale avec votre ado.

1. Partagez votre vulnérabilité avec votre ado plutôt que de donner l’impression que vous êtes au-dessus de vos affaires.

Je vois plusieurs parents prendre une attitude très « sûr d’eux-mêmes » lorsqu’ils entrent à la maison. Voulant inspirer confiance et assurance sans doute, un peu à l’image de ce qu’on voit sur les réseaux sociaux; « ma vie est belle, regardez mes accomplissements et ma jolie façade ». Parfois, on veut prêcher par l’exemple du positivisme et simplement espérer que notre ado l’absorbe. Certaines pensées telles : « je n’ai pas à tout révéler », « ce n’est pas à mon enfant de se préoccuper de mes problèmes », « je vais le.la perturber si je lui partage mes soucis ou mes difficultés » peuvent nous influencer dans ce sens.

Alors, non pas que je recommande de faire porter le fardeau de votre plus grande détresse à votre ado; il y a une différence entre «exprimer sa vulnérabilité» et «espérer qu’on nous sauve de notre misère».

Tellement de parents me partagent à quel point ils aimeraient avoir accès à des dimensions plus tendres et sensibles de ce que vivent leurs ados. Si vous espérez que votre ado se révèle à vous, faites de même! Il existe un principe selon lequel la vulnérabilité se vit dans l’équilibre entre les humains; c’est un peu comme se mettre à nu. Qui aime se retrouver tout seul nu devant les autres? Peu de gens.

De temps en temps, dans un contexte qui s’y prête, partagez quelque chose qui vous amène dans le doute, une expérience peu glorieuse, quelque chose qui vous insécurise un peu; ça vous réhumanisera, ça vous descendra un tantinet de votre piédestal, ça vous rendra plus accessible et surtout ça normalisera le fait que tout le monde vit des défis. Il est possible d’enchaîner avec quelque chose comme «et toi, est-ce que tu as déjà vécu quelque chose de similaire?» ou «et toi, y a-t-il des choses qui te préoccupent?»

2. Reconnaissez son besoin d’autonomie et de pouvoir personnel plutôt que de le voir comme oppositionnel et égoïste.

Beaucoup ont une vie pleine…, très pleine. Les choses vont vite, la liste de «to do» est longue et ne semble que s’allonger ce qui fait que nos besoins de soutien et de collaboration sont également toujours grandissant. Alors que l’on se donne à fond pour nos enfants, voulant leur donner le maximum pour s’épanouir, il peut être frustrant de les voir nous refuser de faire ce qu’on leur demande.

On peut alors facilement se laisser emporter et entretenir des jugements tels que «quel paresseux.se», «égoïste», «sans cœur», «il.elle est toujours dans l’opposition». Que nous les exprimions ou pas, ces jugements sont captés par nos ados et ont tendance à les blesser ou les révolter. Ils en viennent à appréhender toutes formes de demandes sachant que s’ils n’obtempèrent pas, ils en feront les frais. Ce phénomène contribuera à ce que notre ado veuille garder ses distances, parce qu’il nous associera à une source de douleurs psychologique et émotionnelle.

Malgré votre déception de ne pas recevoir ce dont vous avez de besoin de votre enfant, rappelez-vous qu’il.elle est en phase d’individualisation, en train de découvrir et développer son pouvoir personnel, sa capacité à dire « non » et mettre ses limites. Il faut célébrer ça! Qui ne veut pas que son ado soit capable de se tenir debout, de résister à la pression sociale, de savoir ce dont il.elle a envie ou pas? Et bien voilà, c’est à la maison qu’il.elle se pratique.

Ça ne veut pas dire d’abdiquer, de laisser faire, de ne pas insister. Pas du tout. Il s’agit simplement de porter notre attention sur la dimension positive de ce qui est en train de se produire. Ça change tout. Absolument tout. On peut même accueillir ça avec un « t’as vraiment pas envie de faire cette tâche que je te demande right? », ou bien, « ça doit vraiment te faire chier de toujours te faire demander des choses, non? », ou bien « ça se peut tu que t’aimerais juste faire des choses que t’as envie de faire QUAND t’as envie de les faire? ».

Surtout, ne JAMAIS prendre ça personnel, ce n’est pas à propos de vous, c’est la nature d’un humain en développement. Plus votre ado se sentira accueilli dans ce passage souvent maladroit, plus il se sentira en sécurité de se manifester dans son authenticité.

3. Tentez de voir le monde selon le point de vue de notre ado plutôt que lui dire que son opinion n’a pas de bon sens.

On entend souvent des choses inquiétantes sortir de la bouche de notre ado. On peut rester surpris.e voir un peu paniqué.e par ses propos. La tentation est forte de sauter sur l’occasion pour lui dire que ça ne pas de bon sens. « Bin voyons, tu ne peux pas dire des choses comme ça… », « où as-tu pris cette idée-là? », ou encore, « franchement, faut bien être inconscient pour parler de même… ». Toutes ces réactions vont avoir tendance à ce que notre ado se referme, pour se protéger ou bien il va répliquer pour se réhumaniser. Dans un cas comme dans l’autre, il en déduira qu’il est risqué de dire ce qu’il pense.

Première chose à faire quand vous remarquez que vous êtes sur le point de critiquer ses paroles? Tournez votre langue quelques fois, respirez, et activez votre curiosité. « Ah bon? », « peux-tu m’en dire plus! », ou encore, « qu’est-ce qui te fait dire ça? ». Le choix des mots est peu important, ce qui compte, c’est la démonstration de votre ouverture par laquelle votre ado se sentira en sécurité de s’exprimer, d’explorer des idées, d’entendre ses propres paroles en présence d’un témoin bienveillant. N’hésitez pas à poser des questions (dans une réelle curiosité, et non pas pour lui montrer quelque chose). Faites des liens avec d’autres choses que vous savez de sa vie, bref prenez le temps et l’occasion d’en apprendre sur lui, après tout il vient de vous tendre une perche!

Vous n’avez pas du tout à faire semblant d’être d’accord, il y a toujours une place pour exister à votre tour, peut-être même lui demander si vous pouvez lui dire ce que ça vous fait de l’entendre. Dans le cas où vous lui diriez; parlez de ce que vous vivez et non pas de votre opinion sur la sienne. Ça peut ressembler à : « je suis un peu préoccupé quand j’entends ça parce que j’ai vraiment à cœur…, parce que je valorise particulièrement…, parce que j’aimerais tellement vivre dans un monde où… ». Et surtout, enchaînez avec une question pour maintenir le flow de l’échange, sinon, il va rester figé dans la honte ou la culpabilité. « Ça te fait quoi quand je te dis ça? », « t’en penses quoi toi? », ou encore, « je me demande comment on pourrait réconcilier nos deux points de vue, as-tu une idée? ». Plus votre pré-adulte aura l’impression d’être considéré pour ce qu’il exprime, plus il risque d’être curieux et ouvert à votre opinion.

4. Demandez la permission avant de lui donner des conseils plutôt que de tenter de l’éduquer à chaque occasion.

La plupart d’entre nous, les parents, avons un élan irrésistible de transmettre toute notre sagesse, toutes nos connaissances, et le fruit de nos propres expériences à notre progéniture dès qu’une opportunité se présente. « Je te recommande de… », « tu serais mieux si… », « me semble que ce serait une meilleure idée que de… », « as-tu vu ce que ça donne quand…? ». Malheureusement, malgré nos meilleures intentions, cette approche a tendance à impliquer qu’on n’a pas confiance en notre ado et à sa capacité d’apprendre par lui-même, de la vie, par ses propres expériences. Il va peut-être même enregistrer qu’il faudrait, à tout prix, éviter de prendre un risque et de faire une erreur. Ça peut sérieusement affecter sa confiance.

Pire encore, c’est quand on profite d’un moment où il avait juste besoin d’empathie pour lui forcer un moment d’éducation dans la gorge, il deviendra sûrement allergique à notre « éducation ». N’importe quel type de réaction qui lui fera mal psychologiquement ou émotionnellement l’encouragera vers l’évitement. Quand j’entends les parents désorientés de constater que leur ado mente, je repense aux paroles de Marshall B. Rosenberg : « Seul un ado stupide dirait la vérité sachant qu’il en souffrirait par la suite »; ça a changé mon attitude de parent pour toujours quand j’ai compris ça.

À l’âge où il est rendu, sa confiance en soi est plus cruciale que jamais, et la confiance que vous allez lui projeter va grandement le soutenir. Je recommande l’approche « coach de vie », c’est-à-dire, de vous ancrer dans la certitude que votre ado a tout ce qu’il faut en lui pour trouver ses propres solutions, et faire ses propres apprentissages. Signifiez clairement votre disponibilité pour le soutenir, pour réfléchir AVEC lui, et non pas à sa place.

Et, si vraiment ça brûle pour vous de lui offrir des conseils, surtout demandez-lui la permission avant, ça va faire une énorme différence. En effet, simplement par « j’ai des idées qui me viennent, es-tu intéressé à les entendre? », «as-tu envie que je te dise ce que j’en pense?» ou encore « veux-tu qu’on réfléchisse à ça ensemble? ». De donner ce choix à votre ado, lui indiquera que vous respectez son discernement, que vous lui permettez de se sonder pour voir s’il est disponible pour intégrer ce que vous avez envie de lui transmettre. Ça lui permettra aussi de se préparer à recevoir votre conseil, c’est toujours un peu vulnérable de reconnaître que quelqu’un d’autre a quelque chose à nous apporter.

Parfois, ça vaut la peine d’attendre, prendre un rdv pour un autre moment donné, laissez-lui choisir le moment qui lui convient. Vous verrez la différence entre son ouverture après qu’il vous ait dit oui, comparée à son ouverture à vos conseils non sollicités. De manière générale, cette approche est rassurante pour votre ado dans sa capacité à mettre ses limites avec vous et qu’il aura son espace, s’il en manifeste le besoin.

5. Voyez le beau, toujours chercher à voir le beau, plutôt que de focaliser sur ses « problèmes »

L’être humain a pu survivre les intempéries de la vie parce que son cerveau est rapide à identifier tous les problèmes potentiels et donc éviter les avenues fatales. La grosse majorité de notre attention est attirée par ce qui cloche, ce qui pourrait causer problème. Nos ados ont régulièrement l’impression de ne pas être à la hauteur, de ne pas être assez ceci ou cela, ou de l’être trop. Tout ce qui pourrait renforcer ses croyances, ils éviteront, incluant leurs parents.

« See me beautiful », chanson écrite par Kathy et Red Grammer, résume bien ce que je considère être le facteur le plus déterminant pour cultiver l’élan de votre ado à venir vers vous et avoir envie de communiquer avec vous. Malgré tout ce qui peut vous inquiéter, malgré toutes vos craintes et vos insécurités comme parent, rappelez-vous à quel point tous les êtres humains ont envie que l’on voit la beauté en eux. Non pas les mettre sur un piédestal, non plus de les comparer positivement à d’autres, simplement de vous laisser vous émerveiller par la beauté d’un être humain unique qui fait de son mieux avec son expérience sur terre.

Je vais encore plus loin; faites attention à comment vous parlez des autres humains devant votre ado. Vous avez beau être hyper respectueux et bienveillant envers lui.elle, chaque fois que vous émettez des jugements sur des gens, votre ado enregistre que vous jugez. Dès cet instant, il sait que dans votre esprit, il y a des « bonnes » conduites et des « mauvaises » conduites, alors il sait qu’à tout moment il peut se retrouver dans la catégorie des coupables; ça peut causer un grand stress et faire qu’il perde son authenticité avec vous.

Si, en revanche, on vous entend faire preuve de compréhension et de compassion avec les gens autour de vous de manière générale, un climat de confiance devient beaucoup plus probable.

Pour ma part, je peux être puissamment déclenché par mes jeunes adultes, alors j’essaie, le plus possible, de m’imaginer qu’ils sont «comme des invités de marque» (titre d’un excellent livre sur le sujet de Léandre Bergeron), une image qui m’inspire le respect le plus profond, parce qu’en bout de ligne, c’est ce dont nous avons tous le plus besoin pour avoir envie de communiquer.

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