Votre couple est-il source d’enfermement ou d’expansion?

Valérie Lanctôt-Bédard

Le couple est un terrain de jeu extraordinaire, qui favorise l’évolution, la conscience et la guérison. Plusieurs années après avoir décidé de me prendre en main psychologiquement et spirituellement, j’ai réalisé que j’évoluais beaucoup, dans plusieurs sphères de ma vie, mais que mes relations intimes restaient souvent bloquées aux mêmes endroits. Grâce à mon apprentissage de la CNV[1], j’ai identifié mes croyances qui bloquaient l’épanouissement de mes relations de couple. Au fil des années, j’ai travaillé avec des dizaines de couples et ai souvent retrouvé des croyances[2]similaires à ce que je vous présente ici, ainsi que les enfermements prévisibles qui en découlent.

« J’ai besoin de toi. »

Cette croyance, inspiration de 90% des chansons d’amour, enferme tout le monde. Ces quelques variantes vous sont peut-être plus familières : « mon bonheur est entre tes mains », « je vais bien si tu vas bien », « tu es la seule personne qui peut me donner… ». Nous restons souvent collés à l’impression que les autres (surtout les intimes !) sont responsables de notre bien-être, de nos sentiments et de nos besoins. Bien que ceci ait été vrai durant notre petite enfance[3], cette intrication n’a pas sa place entre adultes qui aspirent à être responsables. La prison que cette croyance érige empêche la personne qui la porte de se mobiliser et de se responsabiliser. De son côté, la personne qui reçoit le message est ligotée par un énorme fardeau, qui se transformera en une culpabilité paralysante. De plus, toute tentative de faire plaisir à l’autre sera récupérée dans un marasme de devoir et d’obligation, ce qui exclut tout potentiel de joie.

Dans une relation amoureuse saine, « nous voulons que l’autre soit comme des fleurs pour notre table, et non pas comme de l’air pour nos poumons.»[4]. Il est essentiel de faire une distinction clé entre nos besoins[5] et nos préférences, entre « j’ai besoin d’amour » (un besoin humain fondamental) et « j’aimerais que tu m’embrasses » (une préférence). Les besoins sont de nature essentielle, ils ne dépendent d’aucune circonstance extérieure. J’évite, par exemple, de dire « j’ai besoin que tu m’écoutes », car ceci mélange mon besoin d’écoute à ma préférence que ce soit toi qui m’écoutes.

Cette distinction permet deux choses : premièrement, me responsabiliser par rapport à mon besoin. Avec sept milliards d’humains sur terre, je saurai sûrement trouver quelqu’un pour m’écouter ! Deuxièmement, elle m’accorde plus d’espace pour entendre le « non » de l’autre sans le lui faire payer.

« Si tu m’aimais, tu le saurais. »

Vous souvenez-vous de vos six premiers mois en couple ? Ce fut probablement, comme pour moi-même, une période d’extase, où nous étions liés psychiquement et où nous nous devinions l’un l’autre sans avoir à dire quoi que ce soit ! Durant cette période magique, nous avions rarement à demander quoi que ce soit… mais cette période ne dure jamais. L’étape suivante est un appel à grandir et à nous responsabiliser, à oser exister en fonction

de nos besoins et de ce que nous aimerions, à apprendre à nous vulnérabiliser en nommant nos besoins et nos préférences. Nous apprenons aussi à nous solidifier en faisant face à des refus potentiels. Quelle perte pour ces personnes qui quittent leurs relations aussitôt que cette deuxième étape commence !

Il y a une puissance relationnelle inouïe dans l’art de faire des demandes sans exigences. Ce concept m’a amenée à maturer en prenant la responsabilité pour mon bien-être. Il m’a également permis d’accepter la vulnérabilité qui est au cœur d’un lien réellement intime. Je n’ai dorénavant aucunement envie que qui que ce soit fasse quoi que ce soit pour moi à partir d’une logique de devoir, d’obligation, de peur, de honte ou de culpabilité. Ces ingrédients sont toxiques pour toutes les relations, les tuant à petit ou grand feu – j’en sais quelque chose !

« Après tout ce que j’ai fait pour toi. »

Cet énoncé témoigne de la notion de compromis dont plusieurs couples s’inspirent : « je sacrifie des choses chères à mon cœur (préférences, relations…) pour éviter de te froisser et ainsi favoriser notre couple. Je m’attends évidemment à ce que tu en fasses autant. » Les deux plus grands problèmes avec cette vision sont que 1) tout le monde dans cette boucle « se compromet », se diminue pour faire de la place à l’autre, ce qui revient à se trahir un peu.  Le ressentiment devient inévitable, car nous aspirons tous et toutes à vivre une vie d’intégrité, fidèle à qui nous sommes vraiment. 2) La plupart des couples ne prennent pas la peine de calibrer leur système de comptabilité. Ainsi, après un temps, chacun.e croit que l’autre « lui en doit une ».

Évitons le compromis qui nous demande de nous diminuer. S’en détourner n’exclut pas la possibilité d’un « shift », qui est un mouvement qui s’opère en nous lorsque nous sommes touché-e-s par une situation. Être touché.e nous permet de changer d’idée avec joie.  Si, par exemple, mon conjoint me propose une activité qui ne m’intéresse pas à première vue, deux choix s’offrent à moi : soit je le fais en me disant que « je devrais » le faire ou que « je n’ai pas le choix » et je rentre cette donnée dans ma comptabilité interne – c’est ce qu’on appelle le compromis, soit j’écoute mon conjoint pour apprendre en quoi cette activité lui tient à cœur et voir si cela me touche assez pour générer en moi un sens et l’élan d’y participer (sincèrement et sans dette résiduelle) – c’est ce qu’on appelle le « shift », le mouvement intérieur engendré par ma sensibilité à son bien-être. Ainsi, je participe tout en me respectant.

Vers l’expansion

Ceci dit, je reconnais que la vie va vite, que le quotidien peut être surchargé. C’est souvent la première cause de nos enfermements, puisque ce rythme rapide ne favorise pas la conscience fine des micromouvements intimes de ce qui nous motive à agir d’une façon ou d’une autre. Sans cette conscience, ce sont nos vieux disques habituels qui nous opèrent, nos vieux programmes désuets qui agissent à travers nous. Pour évoluer, les couples ont avantage à prioriser des temps de qualité pour 1) en solo, s’écouter intimement et reconnaître les croyances à l’œuvre dans leurs interactions ; 2) échanger sur les besoins, rêves et aspirations qui les animent afin de trouver ensemble des façons d’être et de vivre dans le respect, l’inspiration, l’intimité et la créativité.

[1] CNV : Communication NonViolente, approche développée par Dr. Marshall Rosenberg, à la base de la formation en Dialogue Authentique

[2] Pour chaque croyance, le je et le tu peuvent être inversés – ils le sont presque toujours – « j’ai les mêmes attentes face à moi qu’à toi ».

[3] De plus, comme la plupart d’entre nous n’avons pas obtenu satisfaction de tant de besoins lors de la petite enfance, ces besoins restés en plan sont comme des blessures ouvertes qui nous font réagir exagérément.

[4] Comme le disait Robert Gonzales, un de mes professeurs de CNV.

[5] Pour prendre connaissance d’une liste exhaustive des besoins humains fondamentaux, visitez le https://spiralis.ca/documentation-outils/

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