Transition – Poème d’hiver

Jean-Philippe Bouchard

La neige recouvre tout. Les branches des arbres sont des traits noirs dans le ciel d’un blanc infini. Le chuchotement des flocons m’enveloppe de la solitude de la forêt. Ma respiration devient lente et profonde. Il y a des lunes que j’ai respiré ainsi, avec ampleur, au rythme naturel de mon corps, dans la pleine conscience que ce mouvement si simple me connecte à la vie. 

J’inspire, j’expire.

Je goûte à la fin du cycle qui m’habite. Est-ce la fin d’année qui s’en vient, est-ce la mi-centenaire qui me frappe, est-ce l’année sabbatique que je m’offre? Je n’en sais rien, mais j’ai envie de vide. Un vide abyssal, noir comme le mystère, engloutissant tous mes espoirs de rédemptions. Un vide si plein que même moi n’y aurais plus sa place. J’inspire, j’expire.

La peur viscérale de mourir s’accroche derrière mon œil gauche, on tire sur mon nerf optique à la pelle mécanique. Mon ego panique. Vais-je perdre la complicité délicieuse de mon amoureuse construite et entretenue dans les 15 dernières années? Peut-être. Vais-je perdre la confiance de mon équipe, vont-ils souffrir de mon absence? Peut-être. Vais-je perdre tous mes clients, partenaires d’affaires et autres vecteurs de ma contribution (et de mes revenus!)? Peut-être. 

J’inspire, j’expire.

Je rentre. Le feu n’est plus que braise, le rouge incandescent se marie au noir du charbon froid. J’ouvre la porte du poêle, l’odeur âcre de la fumée s’épand dans la pièce. J’ajoute quelques bûches et referme la porte en gardant la clé ouverte. Les flammes reprennent vie. 

J’inspire, j’expire.

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