Vivre en confiance dans un monde imparfait

François Thibeault

«L’imperfection n’est pas notre problème personnel – c’est dans la nature même de l’existence.»

— Tara Brach

Depuis plusieurs années, je suis à la recherche de ma mission, de mon X comme on dit. Malgré toutes mes compétences et mes aptitudes, il m’arrive de vivre un découragement face aux défis et aux obstacles du monde du travail. Quand mes ami.e.s me disent que j’ai plein de talents et de compétences, que je suis plein de ressources, il m’arrive souvent d’en douter. Je voudrais trouver dans le monde une confirmation de mon potentiel et de ma mission. Comme l’écrit le scientifique Carl Sagan, l’univers n’est ni bienveillant ni hostile; il est simplement indifférent. Face à ce monde imparfait, la CNV me propose une approche pour explorer intérieurement les sources de la confiance.

La CNV enseigne que nous sommes les meilleur.e.s témoin.e.s de notre vie intérieure. Nous en sommes responsables. Ce dont nous faisons l’expérience dans notre corps-esprit, cela nous appartient.

Dans ce billet, je revisite cette pensée qui dévalorise et doute de mes aptitudes et de mes compétences. Pourquoi ai-je de la difficulté à me laisser touché et à ressentir l’inspiration et la motivation dans les paroles de mes ami.e.s? Cette voix interne qui me dévalorise, je l’ai peut-être entendue prononcée par quelqu’un dans le passé. Surtout, elle est intériorisée; je l’ai faite mienne. Comment puis-je sortir du vortex de l’autojugement et de l’autocritique pour créer plus de confiance, de liberté et de bonheur?

Nous aborderons la confiance sous trois angles :

  • la confiance en soi : apprendre à se valoriser et à se reconnaître à ses propres yeux;
  • l’affirmation de soi : apprendre à s’amener avec dignité et respect de sa propre condition humaine imparfaite;
  • et l’estime de soi : apprendre à vivre dans l’intégralité et l’unicité de son être.

Confiance en soi : se valoriser à ses propres yeux

Le premier des trois mouvements de la confiance touche à la façon dont je me relie à mes compétences, mes réalisations, mes accomplissements et mes buts.

Mes ami.e.s ne se trompent peut-être pas. Effectivement, avec du recul, j’observe que je possède plein de compétences. Les études universitaires, les voyages, mes passions, mes expériences professionnelles, les formations en CNV et les retraites de méditation, tout cela fait partie d’un vécu riche. Je crois aussi que leurs encouragements sont sincères et honnêtes. Si je doute de leurs paroles, c’est fort probablement parce que je doute de moi-même, de ma propre capacité à me voir comme compétent.

Se pourrait-il que je n’aie jamais pris la peine de me faire à moi-même ce genre d’encouragement?

Porter un regard bienveillant sur soi-même

Je pourrais me faire l’observation suivante : « Je suis doué de qualités intellectuelles. » Et me donner le temps de me laisser toucher par cette observation. Qu’est-ce que ça touche comme sentiments? Tout ce que j’ai appris au fil de mon parcours, qu’est-ce que ça me fait de le souligner ici et maintenant? Effectivement, je ressens comme une force, une puissance qui me donne confiance que je peux affronter des problèmes conceptuels avec facilité. Je me crois aussi en mesure d’aider les autres à comprendre.

Parfois, faire un bilan de mes compétences peut aider à bâtir la confiance en soi. Qu’est-ce que j’ai accompli grâce à ces aptitudes et ces habiletés? Est-ce que je peux encore une fois me laisser toucher par ce que ces compétences m’ont permis de réaliser? Mes aptitudes intellectuelles m’ont amené à réaliser des études universitaires passionnantes, lesquelles nous ont amenés, ma conjointe et nos enfants, à voyager plus de 18 mois en Europe, en Inde et en Thaïlande. Et si je célébrais cela, cette abondance et ce privilège?

Chaque moment que je prends pour honorer le chemin parcouru au moyen de mes compétences est une autocélébration qui nourrit la confiance en soi. Cela aide à donner du sens à des événements ponctuels de ma vie.

Je deviens ainsi le témoin de ma vie intérieure. En reconnaissant mes accomplissements, aussi petits soient-ils, je peux me laisser touché par ce qui a de la valeur à mes yeux.

Croire en ses buts

La confiance en soi, c’est aussi de croire en mes buts. Mes expériences et réalisations passées peuvent aider à m’orienter : quel type de monde est-ce que j’imaginais quand j’ai entrepris ces projets? Quel monde est-ce que j’envisage aujourd’hui? Comment mes compétences peuvent-elles se mettre au service de cela?

Ici, l’invitation est de continuer à chercher ma mission dans ce qui me passionne et m’enthousiasme le plus. Je luis reste fidèle, malgré les obstacles et les oppositions de mon entourage.

La prochaine étape, c’est de savoir comment je peux amener cela dans le monde, de manière concrète, pour mon bien et celui des autres. J’occupe déjà une place dans le monde. C’est dans la nature même du corps. Alors comment puis-je en tirer profit?

Affirmation de soi : acceptation et expression authentique

«Traduisez tous les jugements sur vous-même en empathie envers vous-même.»

— Marshall Rosenberg

Le deuxième mouvement de la confiance concerne l’acceptation et l’expression. C’est la place que j’occupe et que je veux occuper dans le monde. Comment puis-je, par exemple, apprendre à accepter des marques d’attention et d’affection de la part de mes ami.e.s? Et ensuite, comment puis-je m’affirmer dans le respect de ma dignité?

Mes ami.e.s cherchent certainement à m’aider à voir la richesse de toute ma personnalité. Comment puis-je être présent à tout cela et l’accepter comme une célébration généreusement offerte? Au lieu de me juger et de me dévaloriser à mes propres yeux…

Pour cela, je peux me connecter à l’énergie de leurs paroles. Et je peux également me brancher sur les besoins que leurs paroles visent à enrichir. Quand j’entends mes ami.e.s s’exprimer ainsi, se pourrait-il qu’il y ait la joie d’affirmer et de souligner des compétences qui ont de la valeur et qui peuvent contribuer dans le monde? Je peux apprécier le fait que mes compétences ont une place dans mes amitiés.

Exprimer authentiquement

La voix dévalorisante que j’entends intérieurement nécessite que je m’adresse à elle avec bienveillance et authenticité. Je ne veux pas la laisser prendre toute l’antenne. D’autres forces intérieures existent et ont leur place. Avec bienveillance, je voudrais ainsi dire à cette voix dévalorisante que je la vois. Je sais qu’elle est là. En même temps, je choisis d’accorder ma pleine attention à la part de moi qui veut de la plénitude.

Je pourrais dire à haute voix (que je sois seul ou avec mes ami.e.s) : « Quand j’entends parler des ressources et des compétences qu’on m’attribue, il y a une partie de moi qui se sent encouragée. Car j’ai un besoin d’évolution et d’accomplissement, et ce que j’entends va dans ce sens-là. Merci! »
Pour bâtir de la confiance, c’est essentiel qu’il y ait ce mouvement de l’intérieur vers l’extérieur. En m’affirmant ainsi, je ne cherche pas l’approbation des autres. Je redonne de la profondeur à la place que j’occupe déjà dans le monde et à celle que je veux occuper.

Je suis toutes les parties qui me composent et je ne peux en fuir aucune. Alors, comment faire la paix et cheminer vers plus de sens?

Estime de soi : vivre intégralement

«Vous êtes imparfait.e.s, et c’est dans votre nature de combattre, mais vous êtes dignes d’être aimé.e.s et de faire partie d’un groupe. Les imperfections ne sont pas des déficiences; elles nous rappellent que tout le monde est dans le même bateau.»

– Brené Brown

L’estime de soi commence avec le fait d’être conscient que je suis une personne unique. Je possède une dignité. Je peux être fier de moi. Cela s’inscrit dans un flux d’états physiques et mentaux dont je n’ai pas toujours le contrôle. Comment puis-je en être témoin avec respect et curiosité?

Aimer toutes nos parts imparfaites

L’estime de soi, c’est accepter tous les aspects de ma personne sans les censurer ni les nier. J’accepte d’expérimenter tous les aspects de mon être – qu’ils soient plaisants ou déplaisants – pour la seule raison qu’ils m’appartiennent. Aussi, je cherche à être en harmonie avec toutes les parties de mon être.

Bien que je sois un être unique, je suis composé d’une multitude de parties hétérogènes qui changent constamment. Elles sont toutes « vraies », car elles ont chacune une force motrice sur mes états physiques et mentaux. Je ne peux leur échapper. Ultimement, c’est dans le rapport que j’entretiens avec moi-même que se joue la qualité de présence que je veux m’offrir et contribuer dans le monde.

L’estime de soi, c’est également un besoin d’amour. Dans quelle mesure puis-je me considérer aimé? M’aimer moi-même? Ces contemplations m’aident à me relier à la source d’amour en moi-même :

  • « J’ai l’assurance d’être aimé.e et d’être aimable »,
  • « J’ai de la compassion pour moi-même »,
  • « Je suis ma.mon meilleur.e ami.e. »

Toutes les voix jugeantes et critiquantes que j’entends (que je les perçoive intérieurement ou extérieurement) me touchent parce que j’ai des besoins que je veux nourrir. Dans ces situations-là, des parts de moi auraient voulu combler des besoins de reconnaissance et de sens de ma propre valeur. Honorer ces besoins, avec amour, est un pas essentiel de la transformation.
Être en amitié avec moi-même, c’est de prendre conscience que les parts qui sont heurtées et blessées cohabitent avec d’autres parts qui peuvent apporter de la bienveillance, de l’empathie et de la compassion.

Bâtir la confiance dans la relation

Bien que je sois responsable de mes réactions face à mes expériences, cela ne veut pas dire que je doive rester isolé. Je suis aussi responsable de faire des demandes pour contribuer à alimenter la confiance, l’affirmation et l’estime de soi.

Je peux compter sur certaines relations pour alimenter les sources de la confiance. Je peux aller chercher de l’accompagnement et du soutien professionnels. Quelles sont les relations qui contribuent à nourrir la confiance dans ma vie? Puis-je leur faire des demandes d’écoute empathique pour m’aider à cheminer?

Lorsqu’une personne est au courant de mes besoins, si elle a un intérêt à enrichir ma vie, elle est disponible et elle est capable de m’écouter avec empathie, elle peut m’aider significativement à trouver du sens et de la satisfaction.

Les relations de confiance renforcent les besoins mutuels de reconnaissance, de sens de notre propre valeur, de cohérence et d’intégrité.
Comme le dit souvent Valérie Lanctôt-Bédard dans diverses formations de CNV : « Si j’ai quelque chose de précieux à offrir, je choisis des personnes qui peuvent le recevoir en en prenant grand soin! »

La confiance est précieuse. Je crois qu’il est essentiel que nous prenions tout d’abord soin de nous l’offrir à nous-mêmes. C’est avec ce regard transformé que nous pourrons voir les présents que nous offrent nos proches. En retour, nous aurons une présence pleine et aimante à offrir.

À propos de l’auteur

François Thibeault s’est immergé dans la communication non violente (CNV) pour la première fois à l’automne 2020. Actuellement candidat à la maitrise pro chez Spiralis, il combine la CNV avec la méditation qu’il pratique et étudie depuis 1999. Détenteur d’un doctorat en sciences des religions (UQÀM, 2013), il s’intéresse au bouddhisme des points de vue religieux, spirituel et scientifique. Ses longs voyages en solitaire, en couple et en famille l’ont mené à la rencontre des cultures de l’Inde, du Tibet, de la Thaïlande ainsi que des paysans et boulangers européens. Il aime courir, nager et faire du vélo — il voudrait bien compléter un triathlon au cours des prochains mois! Il vit à Waterville (Québec) avec sa conjointe et leurs deux adolescents.

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